Ronchoitises – la carte postale de septembre

Par Ronchoit

Il était temps ! J’en vois qui dépriment à l’idée de faire leur rentrée sans une petite carte postale de Ronchoit. Rassurez-vous, je n’ai pas terminé mon périple autour du monde mais je ne suis pas (plus) en vacances pour autant. Je pense à vous, très fort chaque jour, d’autant que j’ai, une fois de plus, échappé de peu à la mort. Ne riez pas. C’est à peine croyable mais je reviens de loin et je m’en vais de ce pas tenter de vous en convaincre.

Vous vous souvenez peut-être qu’en juillet dernier, j’étais au Japon, à visiter les mégalopoles de cet étonnant pays. Et puis, je me suis lassé de visiter des villes, tout en me disant que le Japon, c’était aussi des espaces grandioses et des volcans, ce qui est nettement plus photogénique que des rues encombrées et polluées. Me voici donc parti, en août, appareil photo en bandoulière, à l’assaut du Mont Fuji et de ses 3776 m. Il faut viser grand quand on est un grand photographe.

Je vous passe les longues heures de marche qui ont été nécessaires pour atteindre le sommet. Ce fut héroïque, mais je l’ai fait. Belle récompense : quel point de vue de là-haut ! Et je suis seul au monde. Je sors mon Fuji (of course) de sa sacoche et je commence à mitrailler comme un fou. Le mot n’est pas trop fort, car étourdi par tant de beauté, tant d’images à immortaliser, je ne fais pas attention à un mini cratère secondaire qui se trouve sous mes pas.

Et patatras ! Après un dernier cliché génial, me voici qui glisse irrémédiablement dans ce fichu cratère, lisse comme un toboggan de piscine. Impossible de m’arrêter. Je hurle, comme si mes cris pouvaient freiner ma chute mais personne ne m’entend, bien entendu. Et je glisse de plus en plus vite dans les entrailles de la terre, craignant au passage que mon pantalon de rando ne résiste pas longtemps à ces frottements. La température monte à vue d’œil. Les odeurs de soufre se font de plus en plus prégnantes. Je dévale dans le noir comme un chariot fou dans une mine sans fond. Le grondement sourd de la lave qui explose plus bas couvre bientôt mes cris désespérés.

Et là, je sens que ma dernière heure est venue. Certes, le fait même que vous lisiez ces lignes à présent tendrait à prouver que ce n’était pas le cas et que je m’en suis finalement sorti. Mais ne me demandez pas comment car, dans les vapeurs de soufre, tout en continuant à glisser vers l’abîme, je me suis tout simplement évanoui.

Ce n’est que bien plus tard que je me suis réveillé, sur le ventre, en piteux état, juché en haut d’un petit cratère volcanique émettant des fumerolles. Reprenant mes esprits, j’aperçus au loin une silhouette humaine, assez âgée, marchant avec une canne. Je me redressai, lui fis signe de la main et me dirigeai vers lui. Il n’avait pas trop le type japonais ce vieux monsieur à barbe blanche.

Je tentai cependant quelques mots de nippon auxquels il me répondit en espagnol « Buenos Dias, señor ». Alors je pris mon plus bel accent espagnol pour lui demander où j’étais. Et il me répondit, tout en riant de bon cœur, que j’étais sur Lanzarote, en plein cœur des îles Canaries.

Je vous passe mon moment de stupeur qui n’a d’égal que votre incrédulité à lire ces lignes. Toujours est-il que j’étais là et pas ailleurs, économisant au passage un coûteux billet d’avion de retour pour l’Europe. Mon pantalon de rando était fichu mais mon appareil photo avait survécu.

Pour qu’il n’y ait pas de doute sur la véracité de mes dires, je gravai mon nom sur un malheureux cactus et pris une photo de ce paysage, photo que vous pourrez admirer ci-dessous, preuve de ma bonne foi.

Je crois, nom d’un Ronchoit, que pour comprendre quelque chose à ce qui s’est passé, je vais relire derechef « Voyage au centre de la Terre », tout en remerciant ce bon vieux Jules Verne.

Allez, sans rancune aucune. Bonne rentrée.

Votre dévoué Théophile Ronchoit