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Ronchoises du nouvel an 2020

Décidément, le Méné Bré est un endroit bien étrange. Rappelez vous, la dernière fois, en septembre, je vous avais narré mes aventures cosmiques avec des aliens venus me cueillir sur le sommet de la montagne pour m’emmener décrocher le drapeau américain planté sur la Lune. Une histoire à peine croyable, vous en conviendrez. Mais depuis, plus rien, jusqu’à ce 24 décembre 2019 où j’eus de nouveau une visite singulière. J’étais au pied de la chapelle en train d’observer le ciel étoilé en espérant, au choix, soit assister au retour de mes aliens, soit voir passer le traineau du Père Noël. Ou les deux peut-être.
Non loin de moi, sous le porche de la chapelle Saint Hervé, se tenait un bœuf, fort placide. Un rayon de Lune me fit entrevoir qu’il n’était pas seul. En effet, sous ce porche on pouvait apercevoir une crèche avec Joseph et Marie grandeur nature en bois sculpté et, entre eux deux, une sorte de couffin de paille, totalement vide. Le souffle du bœuf dégageait de la buée au dessus du berceau. On sentait qu’il allait se passer quelque chose. Mais, foi de Ronchoit, un truc clochait dans ce tableau. Quoi donc ? Crénom, mais c’est bien sûr, il manquait l’âne gris à côté du bœuf ! Pourquoi diable (si j’ose dire en ce jour sacré) l’âne gris n’était-il pas au rendez-vous ?
J’eus bientôt la réponse par hasard en allumant mon transistor, cet objet qui reste le seul lien qui me rattache encore au commun des mortels. En effet, j’appris que la France était paralysée depuis deux semaines par une grève générale des transports et que les ânes venaient tout juste de se joindre au mouvement. Elle était là l’explication, pas plus compliquée que ça. Ceci dit, on ne pouvait tout de même pas laisser cette crèche comme ça, sans âne. Il fallait faire quelque chose. Mais quoi ? Je levai alors les yeux au ciel et fis un vœu. Le bœuf en fit autant et nous attendîmes que les douze coups de minuit s’égrennent au clocher de la chapelle pour nous faire entrer dans le jour de Noël.
A peine le douzième coup avait-il retenti que je vis apparaître, dans un éclair de lumière, au cœur de ce qui était sans nul doute une faille spatio-temporelle, deux êtres singuliers que je mis du temps à identifier : un homme brun et pas très grand, vêtu d’un grand poncho de toutes les couleurs, avec un bonnet chamarré sur la tête et un grand balluchon sur le dos. Il était accompagné d’un lama, une superbe bête blanche fort altière. L’homme avait l’air surpris d’être ici. Apparemment son voyage spatio-temporel n’était pas programmé. Après un moment de stupeur, il s’adressa à moi, en espagnol, et me posa mille questions. Heureusement, Ronchoit, comme vous le savez, est totalement polyglotte (en plus d’être troglodyte) et ce fut un jeu d’enfant d’entamer la conversation avec ce péruvien égaré, la nuit de Noël, au cœur de la Bretagne . C’est ainsi que j’obtins quelques informations sur l’incroyable épopée de notre visiteur.
Juste avant d’arriver ici, il se baladait au soleil couchant au sein du fabuleux site du Machu Picchu, profitant du calme laissé par le départ des derniers touristes. Avec son fidèle lama, il passait au milieu du Temple du Soleil au moment même où l’astre se couchait en dardant ses derniers rayons par la fenêtre étroite de l’édifice. Et puis pfuiiit ! Plus rien. Grand trou noir. Quelques secondes de black-out avant de débarquer ici, au sommet du Méné Bré, dans un halo lumineux. On serait incrédule pour moins que ça, mais ce n’était pas contestable, Felicio (c’est son prénom) était bien là en chair et en os avec son lama. Un cadeau du ciel car, faute d’âne, le lama pourrait sans doute faire l’affaire pour compléter la crèche. L’animal ne se fit pas prier et alla derechef rejoindre le bœuf auprès de Joseph et Marie, soufflant, lui aussi, un petit nuage de vapeur pour réchauffer préventivement le berceau de fortune. Mais à propos, quid du petit Jésus ? Nous étions désormais le 25 décembre et le couffin était désespérément vide.
C’est alors que mon nouvel ami péruvien eut une inspiration. Il posa à terre son gros balluchon, le dénoua et étala ce qu’il contenait. Il me tendit un peu de coca à mâcher, ce que je fis sans broncher. J’avais bien besoin de cela pour me remettre de mes émotions. Et puis, au milieu de son petit bazar, il sortit un poupon avec une tête joufflue en terre cuite, habillé d’une barboteuse de toutes les couleurs. C’était pile-poil ce qu’il nous fallait pour compléter la crèche. Il prit délicatement le poupon et le déposa au milieu du couffin de paille. On eut un instant l’impression que Marie et Joseph tournaient la tête en direction de l’enfant et que la cloche de la chapelle tintinnabulait doucement. Mais ce n’était sans doute qu’une impression. J’étais sur le point d’attraper mon appareil photo pour immortaliser ce tableau touchant quand, derrière mon dos, je perçus une vive lumière. Je me retournai dans un sursaut et constatai avec stupeur que mon ami Felicio avait disparu, probablement happé par cette fameuse faille spatio-temporelle qui sévit au sommet du Méné-Bré. Par contre, le lama était toujours là et le « Petit Jésus » aussi. Preuve que je n’avais pas rêvé.
Que d’émotions ! Ivre de fatigue, je partis me coucher tout en me demandant ce qu’il allait advenir de ce lama de Noël. Mais, bon, on ne va pas se faire du mouron, il y aura bien un autre prodige pour arranger tout ça. Peut-être des rois mages passeront-ils le 5 janvier et l’adopteront. Bon ce n’est pas tout ça mais j’ai une nouvelle année à préparer moi, avec plein de travail à OIT pour 2020. Faut pas mollir. Allez ! Bonne année à toutes (mes admiratrices) et à tous (les mâles jaloux).

Votre dévoué Théophile Ronchoit

Pour preuve, une photo du lama au petit matin du 25 décembre devant la chapelle Saint Hervé au Méné-Bré

Ronchoitises du nouvel an 2019

Cela faisait longtemps qu’il ne m’était pas arrivé quelque chose d’extraordinaire. Eh bien, figurez-vous que c’est ce qui s’est passé le 25 décembre dernier, alors que je m’apprêtais à passer un Noël paisible dans ma retraite, au sommet du Méné-Bré. Ne pouvant garder cela pour moi, je m’en vais derechef vous narrer cette histoire incroyable (à coup sûr, vous allez douter de sa véracité, mécréants !).

C’était en fin d’après-midi, le soleil commençait à décliner. Il faut dire, qu’à cette période de l’année, il n’est pas bien courageux l’astre du jour ; il fait à peine ses huit heures de taf dans la journée. Bref, le jour s’achevait lorsque j’entendis frapper à mon huis. Pas très rassuré, je quittai mon atelier où j’étais occupé à restaurer de vieilles diapos, pour aller entrebâiller la porte d’entrée.

C’est alors que je vis, dans la pénombre, un homme petit et sans âge, essouflé , revêtu d’un gros dufflecoat gris en laine et emmitouflé dans une immense écharpe. Il leva son regard perdu vers moi, tout en me montrant la petite sacoche qu’il portait à bout de bras, et me dit dans un souffle vaporeux : « Monsieur Ronchoit, je vous en prie, aidez-moi. Vous êtes le seul à pouvoir me secourir en ce jour de Noël. Ouvrez moi s’il vous plaît ». N’écoutant que mon instinct, j’ouvris à cet étrange inconnu, convaincu qu’il n’était pas dangereux.

L’homme était venu à pied jusqu’ici ce qui expliquait son état de fatigue. Il accepta une tasse de café et le siège que je lui proposais. Puis, à mon invitation, il commença à m’expliquer l’objet de sa visite. C’était un peu confus, je vais donc vous résumer ses propos.
Il venait de recevoir, comme cadeau de Noël, de la part de sa marraine, un appareil photo numérique tout neuf et, comme de bien entendu, il n’arrivait pas à s’en servir. Alors à qui pense-t-on tout de go en pareille circonstance ? A Théophile Ronchoit, bien entendu !

La marraine en question avait fait livrer l’objet par porteur spécial (un type d’un certain âge, avec un grand manteau rouge à capuche et une volumineuse barbe blanche) dès potron-minet afin qu’il soit déposé au pied du sapin en heure et en temps. Elle avait laissé en accompagnement un petit mot lui disant qu’elle passerait lui rendre visite le lendemain midi. Notre homme, qu’on appellera Isidore pour les besoins du récit (j’ai volontairement changé son nom pour préserver l’anonymat de cette personne), passa alors une matinée affreuse à essayer de faire fonctionner l’appareil, se battant avec une notice grosse comme la bible et une kyrielle de boutons tous plus abscons les uns que les autres. Au bord du désespoir, Isidore avait donc capitulé avant d’envisager, dans un éclair de génie, d’aller à pied au sommet du Méné-Bré, demander assistance à Théophile Ronchoit. Il n’y avait pas de temps à perdre car la marraine passerait le lendemain midi et il fallait qu’il fasse bonne figure.

Dans mon infinie bonté, j’acceptai donc de lui venir en aide. Il se confondit en remerciements, disant que j’étais le meilleur des hommes sur cette terre (enfin quelqu’un qui le reconnait) et que je serai assurément admis, plus tard, au paradis des photographes (bon, là, … ça va pouvoir attendre un peu).
Avant de passer aux travaux pratiques, je partis à la cuisine chercher un peu de café chaud et lorsque je revins, surprise ! A la place de l’homme, il y avait un petit oiseau jaune qui, à mon approche, poussa un cri et s’envola. Il s’évanouit par le vasistas laissé ouvert. Sur la table, il y avait encore l’appareil photo tout neuf avec sa notice. J’étais éberlué. Où était donc passé Isidore, mon invité surprise, mon naufragé du numérique ? Mystère. Je me servis une tasse de café et pris l’appareil dans les mains. Un bel appareil ma foi, pas ordinaire, d’une étrange beauté. J’ouvris la notice et je vis l’avertissement suivant sur la première page : « Lors de la première utilisation de cet appareil, prononcez haut et fort le mot « Fraternité ». Il passera alors en mode « bonheur » et toutes les personnes que vous photographierez avec lui seront heureuses pendant un an ». Inutile de vous dire que ce laïus me laissa perplexe et incrédule. C’était du jamais vu. Mais comment vérifier cette chose incroyable ?
J’eus alors l’idée de sortir et de faire le tour de la chapelle Saint Hervé. Je savais qu’il y avait là , bien souvent, un pauvre clochard triste qui se réfugiait sous le porche par temps de pluie. Bingo ! Le clochard était là. J’allumai l’appareil et criai « Fraternité ! » à gorge déployée. L’appareil clignota trois fois comme pour me dire qu’il avait compris. Le clochard se réveilla en sursaut, peu habitué à ce qu’on lui crie « Fraternité ! » dans les oreilles. Je fis ni une ni deux et je pris une photo du clochard un peu hagard mais souriant. Je lui montrai ensuite le résultat sur l’écran de l’appareil. Il était ravi et une sorte d’aura semblait entourer son visage. Ne voulant pas en rester là, je lui proposai de prendre un café au chaud chez moi. Il accepta et c’est ainsi, qu’en ce jour de Noël, le clochard (qu’on appellera Mimile, mais ce n’est pas son vrai nom, vous pensez bien) et moi passâmes la plus délicieuse des journées à nous raconter nos vies, voire davantage, tout en pensant à ce mystérieux Isidore qui nous avait fait le plus beau des cadeaux.

Mais me voici dorénavant investi d’une haute mission, celle de faire un maximum de portraits de gens avec cet appareil magique afin de délivrer plein de bonheur autour de moi. Finie la retraite, je commence dès demain. Le monde a grand besoin de moi, foi de Ronchoit.

Votre dévoué Théophile Ronchoit

Qui vous souhaite une belle et heureuse année 2019