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Shoji Ueda 1913-2000

Il aurait aimé être artiste peintre mais l’appareil photographique offert par son père a changé son destin.

Comme studio il a choisi les dunes de Tottori qu’il a utilisées comme décor minimaliste d’une pièce de théâtre.

Il a placé des personnages familiers dans un univers aux frontières du surréalisme.

Il s’est probablement inspiré de peintres comme Magritte même si d’aucuns prétendent qu’il ne connaissait pas ce peintre.

Les noirs et les blancs de ses photos conviennent à ce théâtre onirique où le bonheur flotte entre les dunes et le ciel à portée de main.

Photographe de quartier il a aussi animé des clubs de photo amateur.

A la fin de sa vie, malheureusement, suite à une maladie des yeux, les photos qu’il réalise perdent un peu de leur fantaisie.

Un musée a été construit pour  ce photographe japonais qui a bâti un monde imaginaire à la fois occidental et japonais.

Pour ceux qui voudraient le connaître il y a un photo-poche de Acte sud qui lui est dédié ou encore quelques sites sur le web :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Shōji_Ueda

https://www.galeriecameraobscura.fr/artistes/ueda/galeries/gallerie_01/galerie_index.html

Daniel Gardan

Le Droit pour tous

Comme dans une peinture clair-obscur flamande mon visage est illuminé par l’écran LED de l’ordinateur laissant le reste du labo numérique dans une demi-obscurité. Par-ci, par-là quelques points lumineux de tout le matériel vidéo donnent une idée de la profondeur de la pièce.

Tout est calme et serein pour l’instant.

Tout a été vérifié : le format du papier, la taille de l’image, le profil, etc.. L’impression est lancée. Quelques secondes d’angoisse quand même : cette satanée imprimante va-t-elle enfin se décider à imprimer, on sait qu’elle est très susceptible.

Dring-dring : le téléphone généralement muet a décidé de briser cette ambiance.

« Allo ! Suis-je bien à Objectif Image Trégor ? »

« Oui tout à fait ».

« Je suis M. …. et je viens de visiter votre exposition L’étrange à l’imagerie et une des photos représente une de mes sculptures. Pour une fois je dois reconnaître que la photo est réussie ce qui n’est pas toujours le cas lorsque mes sculptures sont photographiées… »

La tête d’impression fait la navette en faisant un doux ronronnement qui couvre la voix de mon interlocuteur qui poursuit :

« Néanmoins le photographe aurait dû demander mon accord ! Je souhaite que mon nom soit clairement affiché. Vous savez j’attache beaucoup d’importance à la reconnaissance de ma sculpture comme une œuvre artistique ! »

Le ton de mon interlocuteur est tout à fait cordial et je le rassure en lui disant que j’en parlerai tout de suite à la présidente du club photo et que nous ferons le nécessaire pour ajouter une étiquette sur le cadre de la photo. Cette conversation téléphonique se termine par un échange d’adresses mail pour garder le contact.

Je l’avais un peu oubliée, l’imprimante est maintenant silencieuse et je découvre alors ma photo qui n’est pas, comme d’habitude, tout à fait exactement comme je le souhaitais. Enfin tant pis !

Je fais le nécessaire auprès de la commissaire de l’exposition pour donner suite à la demande du sculpteur tout en m’interrogeant sur la jurisprudence en la matière.

A ce propos le livre de de Joëlle Verbrugge « Droit à l’image et droit de faire des images » éclaire le droit et la jurisprudence sur la propriété intellectuelle. En effet la sculpture photographiée fait l’objet d’un droit de propriété intellectuelle d’autant que son auteur est vivant. Même s’il était décédé depuis plus de 70 ans il faudrait tout de même mentionner le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre.

Mais comme le dit Joëlle Verbrugge il ne faut jamais s’interdire de prendre une photo pour cause de droit à l’image sauf pour cas de conscience. Ce serait dommage de manquer l’occasion d’une photo qui ne se reproduira sans doute jamais. C’est la diffusion de l’image et son utilisation commerciale qui peuvent éventuellement poser problème. Le photographe peut profiter de la photo dans une sphère privée. Et plus tard la législation peut évoluer.

En tant que photographes, même amateurs, nous attachons nous-mêmes beaucoup d’importance à ce que notre travail soit reconnu alors nous pouvons aussi prendre quelques précautions et reconnaître en tant que telles les œuvres des autres.

Quant à moi je n’ai pas d’inquiétude, la photo que je viens de tirer on ne me la prendra pas. Mais si par chance improbable on l’utilisait je tiendrais à ce que mon nom y apparaisse.

Daniel GARDAN