Ronchoitises de Noël

Tout d’abord, j’adresse mes plus plates excuses à notre chère présidente dont j’ai douté dernièrement de l’état de santé mentale après qu’elle m’eut parlé d’un certain covid19 et d’un confinement généralisé. Ce n’était pas faux, en effet. Lorsque j’ai pu remettre en route ma TSF après avoir changé deux lampes, je me suis calé sur Paris-Inter et j’ai appris incidemment que notre président Macron avait attrapé cette vilaine maladie, laquelle fait des ravages dans le monde entier. Dieu merci, le Méné-Bré n’a encore rien d’un cluster et je ne me sens pas trop en danger ici. J’interromps juste provisoirement les consultations que j’ouvrais aux membres du club pour qu’ils bénéficient de mes précieux conseils sur la photographie. Et cela me libère du temps pour explorer de nouveaux univers. Mais ça, je vous en reparlerai plus longuement la prochaine fois.

Pour l’heure, il faut que je vous narre ce qui m’est (encore) arrivé en ce 24 décembre 2020. Vous vous souvenez sûrement, l’an dernier, je vous parlais de cette faille spatio-temporelle qui règne au sommet du Méné-Bré et qui provoque des choses fabuleuses. C’est ainsi que Felicio, ce gentil péruvien, était apparu à l’improviste devant moi avec son lama. Comment ne pas s’en souvenir, en effet ? Eh bien, un an après, rebelote ! Mais cette fois c’est un traineau vide tiré par des rennes que j’ai vu se poser devant mon havre de paix aux alentours de 6 heures du soir, aux derniers rougeoiements du soleil couchant. Heureusement que j’ai le cœur solide tout de même. On avait beau être à la veille de Noël, je ne m’attendais pas à voir atterrir là ce qui était à l’évidence le traineau du Père Noël.
Les braves rennes, impassibles mais essoufflés, laissaient s’échapper de leurs naseaux de grandes volutes de buée. Je leur apportai presto un peu de foin, de quoi les rassasier, mais je restai interloqué car aucun d’eux, évidemment, n’était à même de m’expliquer ce qu’ils faisaient là, sans leur boss. C’est alors que j’aperçus dans le fond du traineau une sorte de magnétophone mini-k7. Le chef des rennes me fit un signe de la tête pour m’inviter à le prendre, ce que je fis derechef. Il y avait une cassette dedans. Je dégivrai l’appareil et le mis en route. Et là, vous n’allez pas en croire vos oreilles, j’entendis nettement la voix rauque du Père Noël, en personne. Et voici ce qu’il disait : “Cher Théophile, un grand malheur vient de m’arriver : je suis atteint du covid 19, et cela à la veille du grand jour de Noël. Ce n’est pas la grande forme, je ne vais donc pas pouvoir assurer ma tournée habituelle. Souviens-toi, il y a 4 ans, tu étais venu m’aider et nous avions fait la tournée des cheminées ensemble dans la nuit. Tu es devenu de ce fait mon seul disciple, mon seul remplaçant possible. C’est à toi, Théophile, que va revenir la lourde charge de distribuer tous ces joujoux par millions. Certes, ce ne sera pas de tout repos car il y a 5.075.479 km à faire cette nuit et 7.097.552.612 cadeaux à distribuer à travers le vaste monde. Mais ta réputation n’est plus à faire, n’est-ce pas. Ronchoit, tu es l’homme de toutes les situations. Mes rennes connaissent le trajet par cœur, tu peux leur faire confiance. Ta panoplie de Père Noël est dans le coffre du traineau au dessus de tous les cadeaux. Bon courage et merci du fond du cœur.”

Je n’eus pas trop de le temps de rester ébaubi car le chef des rennes me fit un signe énergique de la tête pour m’intimer l’ordre de monter illico presto dans le traineau. J’allai quand même chercher mon appareil photo (il ne fallait pas rater ça), j’enfilai ma tenue de Père Noël et hop ! J’étais à peine assis sur le banc en bois que le traineau partit à une vitesse supraluminique dans le firmament. Il serait sans doute trop long, j’en conviens, de vous narrer dans le détail chacune de mes haltes dans les millions de cheminées que j’ai visitées cette nuit-là. J’en profite pour émettre une protestation véhémente à l’adresse de tous les propriétaires de cheminée du monde. Par pitié, faites ramoner vos cheminées avant Noël et surtout, ne laissez pas de feu brûler dedans cette nuit-là. Mon manteau rouge est dans un état épouvantable et j’ai failli, à plusieurs reprises, finir en torche vivante, si ce n’est en cochon grillé. Ronchoit veut bien être gentil, mais tout de même …
Toujours est-il que la mission fut accomplie en heure et en temps et Ronchoit n’en est pas peu fier. Le 25 au matin, le traineau se posa de nouveau au somment du Méné-Bré. Tandis que j’en descendais, un brin éreinté, un goéland se posa devant moi, tenant une cassette dans son bec. Je la pris et la mis dans l’appareil. C’était un mot de remerciement très chaleureux du Père Noël qui me disait qu’il allait déjà un peu mieux. Et le fait est que, quelques jours plus tard, il m’apprenait qu’il était guéri. Donc tout finit bien, comme dans les contes de fée, sauf que tout ce que je viens de vous raconter est rigoureusement vrai, foi de Ronchoit. Et si toi, Pierre, si toi Paule, si toi Jacqueline vous avez trouvé, le 25 au matin, au pied de votre sapin, le superbe appareil photo dont vous aviez toujours rêvé, c’est un peu à cause de moi, votre dévoué Ronchoit … de Noël.

Théophile Ronchoit