Combiner (à la main) plusieurs poses d’étoiles

Par Charles VASSALLO

version : 10 juin 2013

Introduction

Ce document a été rédigé à la suite d’une animation du club autour du passage de la comète PANSTARRS. L’un d’entre nous, féru d’astronomie, nous avait convaincus qu’on pouvait faire des choses fort intéressantes sans matériel spécial, rien qu’un appareil et un pied. On trouve beaucoup d’information à ce sujet sur le web, mais

  • on est rapidement invité à utiliser des logiciels spécialisés (DeepSkyStacker ou Iris) alors qu’on peut faire beaucoup de choses sous Photoshop — de surcroit, ces logiciels ont le mauvais goût de ne tourner que sous Windows (je suis sur Mac, évidemment);
  • et il ne suffit pas de prendre de bons clichés, encore faut-il savoir en tirer parti.

Bref, ce document vise à faire le tour de ce qu’on peut faire avec le seul Photoshop pour «booster» ses photos de ciel étoilé. Les différentes sections seront illustrées avec ce que j’ai pu faire de la nébuleuse d’Orion (M42) avec un objectif de 150mm équivalent au cours de la même soirée, puis nous reviendrons dans la conclusion sur ce que j’ai pu faire de la comète.

1 – Pourquoi combiner plusieurs poses en photo d’astro ?

Pour faire «venir» des objets très peu lumineux

  • qui réclament une pose longue qu’on n’a pas pu faire, par exemple parce qu’on n’a pas d’entraînement équatorial et qu’on est limité par la règle «200/F» pour le temps de pose (rappelons qu’on commence à voir le filé des étoiles si on va au-delà) ;
  • parce que le bruit dans les tons sombres empêche de faire apparaître proprement ces objets quand on augmente leur luminosité.

Bien entendu, avant de procéder à ces additions, il faut commencer par aligner ces images, de manière à ce qu’elles se superposent parfaitement ; on verra plus tard comment s’y prendre (section 8 de ce document).

2 – Comment additionner plusieurs poses ?

Il s’agit d’ajouter les composantes RVB de ces poses. Cela se fait au moyen du menu Images > Appliquer une image. Ce menu réalise différentes opérations dans le calque actif du moment, selon le paramétrage d’un certain nombre de listes déroulantes

Source : indique l’image où on va chercher le calque qu’on va combiner au calque actif (si ce n’est pas la même image, il faut qu’elle ait les mêmes dimensions).

Calque : indique le calque qu’on va combiner au calque actif

  • Couche : laisser RVB
  • Opération : addition
  • Échelle : laisser 1 pour réaliser une addition. Si on met un autre nombre, on va diviser le résultat par ce nombre.

Si on compte utiliser souvent ce menu, on a tout intérêt à lui affecter un raccourci clavier (menu Editions > Raccourcis clavier)

L’effet est le suivant :

  • Comme espéré, les détails sombres deviennent visibles et le résultat est beaucoup plus propre (je ne parle pas de ce qui est surexposé) que dans notre tentative à partir d’une pose unique.
    • Cela est dû à la nature aléatoire du bruit ; en quelque sorte les pixels de bruit ne sont pas au même endroit dans les différentes poses et ils s’additionnent moins vite que les «vrais» pixels de l’image. Si on combine N poses, les RVB utiles (le «signal») sont multipliés par N et le bruit seulement par sa racine carrée.
  • Mais la surexposition des parties plus claires monte extrêmement vite. Il faudra utiliser des techniques HDR pour combattre cet effet.
  • On constate aussi que le fond du ciel monte, partiellement à cause du bruit, partiellement parce qu’il n’était pas vraiment noir. Si le voilage ainsi créé est uniforme sur l’image, on le combat aisément par un réglage de niveaux.

La figure ci-dessous montre le résultat de l’addition de 32 poses avec ce genre de technique (résultat brut à gauche, après débruitage à droite)

3 – Une technique alternative : le moyennage des poses

On obtient le même effet de diminution du rapport signal/bruit en prenant la moyenne des différentes poses au lieu de les ajouter entre elles. L’image a l’air d’être toujours la même, mais ses tons sombres sont bien plus propres et on pourra les remonter très fortement (par exemple au moyen d’un simple réglage «tons foncés») sans que le bruit ne devienne aussi gênant que dans notre premier essai.

De manière plus savante, on peut considérer que la dynamique du capteur augmente de 0,5 EV chaque fois qu’on double le nombre de poses, soit +2 EV pour 16 poses ou +2,5 EV pour 32 poses.

Comment moyenner les poses ?


Dans Photoshop, il suffit de mettre les différentes poses dans autant de calques de la même image, puis de jouer sur leur opacité dans la palette des calques comme indiqué dans la figure ci-contre, le p-ième calque à partir du bas devant avoir l’opacité 1/p.

Comme ces opacités sont affichées sans décimales dans la palette des calques (par exemple, 16,66% est affiché comme 17%), on peut avoir un petit doute sur la précision avec laquelle on entre ces opacités. Le plus simple est alors de grouper les calques par paquets de 4 ou de 8, puis de jouer sur l’opacité des groupes eux-mêmes.

Par exemple, on voit ci-contre à gauche comment rassembler les 8 calques de la figure précédentes en deux groupes dans 4 calques. Dans chacun des groupes, on reprend la même séquences des opacités (100, 50, 33.33, 25, en gris dans la figure), puis on régle les opacités des groupes eux-mêmes, 100% pour le groupe inférieur, puis 50%, 33%, etc. (en rouge dans la figure)

Un dernier problème est de savoir que faire quand on n’est pas arrivé à bien apparier les groupes. Par exemple, si on a pris 32 clichés, mais qu’il faille en éliminer 2, on se retrouve avec 30 calques. Si les groupe par 8, on aura 3 groupes complets et un dernier groupe avec seulement 6 calques. Si on lui affectait son opacité théorique de 25%, ce groupe apporterait plus de bruit à l’image composite que les autres, dans le rapport 8/6 ; il conviendra donc de diviser son opacité par ce rapport, et donc de passer de 25% à 25×6/8 =18,75%.

Travailler en mode 16-bit

Comme on va chercher à rendre visible des détails avec des composantes RVB très faibles, il importe qu’on ne soit pas gêné par la finesse de discrétisation de ces composantes afin de ne pas souffrir de postérisation. Il est donc souhaitable de préparer ses images en mode 16-bit.

4 – Remonter les tons sombres avec seulement des courbes

La photo moyennée n’est pas plus surexposée que chacune des poses qu’on a combinée et on peut remonter les tons sombres sans provoquer de surexposition en empilant de simples réglages par courbes du genre indiqué ci-contre. L’intérêt de scinder l’opération en plusieurs étapes est que

  • on a plus de précision dans l’ajustement des courbes ;
  • on peut suivre l’évolution de l’histogramme — on aura même intérêt à la suivre dans la palette «histogramme» avec affichage séparé des trois couches ;
  • dans une certaine mesure, on peut pallier la montée du bruit (car évidemment, même après le moyennage, il reste du bruit dans les tons sombres)

La figure donne un exemple de mise en œuvre, à titre indicatif ; les numéros donnent l’ordre d’application des différentes courbes.

La première courbe est très classique : on démarrer avec un contraste très fort dans les tons sombres et on termine sur le point 255,255 afin d’éviter la surexposition.

Dans la 2ème courbe, noter le décalage du curseur des noirs : on a essayé de couper une partie du bruit.

Dans la 3ème courbe, noter le décalage du curseur des noirs dans la couche bleue, pour pallier une montée du bruit dans cette couche.

La figure suivante donne un exemple de résultat avec ce genre de traitement

A partir de la gauche, on voit

  • le résultat des trois réglages par courbes précédents
  • l’effet d’un réglage de niveaux terminal pour mieux équilibrer le bruit sur les trois couches
  • l’effet d’un petit débruitage
  • à titre de comparaison, ce qu’on aurait eu si on avait appliqué les mêmes réglages par courbes à l’une des photos sans le moyennage

5 – Remonter les tons sombres avec le réglage «tons foncés»

Le travail avec seulement des courbes équivaut peu ou prou à une correction par courbes unique, où les RVB de chaque pixel après correction ne dépendent que des RVB initiaux de ce pixel.

Cette courbe aurait l’allure ci-contre, avec une montée extrêmement raide sur la gauche, chargée de sortir les détails très sombres de l’obscurité, et, nécessairement (car la courbe doit rester globalement croissante afin d’éviter tout effet irréel de pseudo-solarisation) un plateau sur les tons plus clairs.

Le contraste est diminué sur ce plateau et il peut en résulter une perte de modelé, un aspect mou, cotonneux, sur les pixels correspondants. Pour éviter cela, on peut utiliser diverses techniques de style «HDR» qui augmentent le contraste local.

Cette dénomination «HDR» s’est largement répandue, mais elle est abusive. En fait, les algorithmes qu’on va mettre en œuvre se trouvent bien dans les techniques de «tone-mapping» généralement associées au traitement des images HDR, mais on peut les appliquer à n’importe quelle image. Dans ces algorithmes, ce qui arrive à un pixel dépend de ce qui se passe dans son voisinage.

La première de ces techniques est tout simplement le réglage «tons foncés» du menu Image>Réglages. Comme on veut une remontée très forte des tons sombres, il faudra s’y reprendre à plusieurs fois. Par ailleurs, comme cette fonction marche mieux si on part d’une image bien égalisée, il faudra continuellement suivre où on en est avec les histogrammes.

Les figures ci-dessous montrent l’évolution de l’image et de ses histogrammes au cours d’un exemple de traitement.

Image de départ (après le moyennage des poses). Noter que l’histogramme des bleus est légèrement décalé par rapport aux deux autres. Cela va provoquer un fort bleuissement de l’image après l’amplification des tons sombres.

1 — Réglage de niveaux, afin de mettre l’histogramme des bleus à peu près comme celui des rouges ou des verts.

2 — Première application du réglage «tons foncés» (rayon=87px, gamme=57%, rayon=7px). Effet spectaculaire, accompagné par un élargissement très fort des histogrammes, mais aspect bruité.

3 — Débruitage (ici, avec le plug-in Dfine de Nik Software). Il faut opérer sur un calque séparé contenant une copie de l’image. Le risque étant de rendre l’image trop cotonneuse, il faudra jouer sur l’opacité de ce calque après le débruitage.
Noter que tous les histogrammes se sont décalés sur la droite.

4 — Nouveau réglage de niveaux pour refaire l’égalisation des niveaux. Comme ces pointes de l’histogramme sont essentiellement du bruit, on peut couper un peu les noirs.

5 — Deuxième réglage «tons foncés» (rayon=44px, gamme=27%, rayon=31px) afin de chercher encore dans les tons sombres. Les histogrammes s’élargissent encore, mais l’image redevient bruitée.

6 — Nouveau débruitage pour essayer de nettoyer l’image. On note que les histogrammes se sont encore décalés.

7 — Dernier réglage de niveaux pour retrouver de vrais noirs.

6 – Imagerie HDR

La technique HDR proprement dite consiste à simuler des poses de plus en plus longues qu’on importe ensuite dans un logiciel HDR. Il me semble qu’on obtient de meilleurs résultats avec des poses croissant de 1 EV à chaque fois, qu’on obtient par l’action répétée de la courbe ci-contre ; également, on a intérêt à refaire les niveaux à chaque fois pour ne pas introduire de voilage dans les noirs de l’image.

Noter que le gain de 1EV ne correspond pas à une pente de 2, mais au point de sortie de sortie indiqué, à 186-255, à cause du gamma de 2,2 des profils sRGB ou Adobe-RGB.

A chaque fois, on doit enregistrer l’image dans un nouveau fichier. Si on compte faire le traitement HDR dans Photoshop, il faut supprimer les données EXIF et donc faire les enregistrements par le menu Fichier>Enregistrer pour le Web — sinon Photoshop constatera que ces données sont partout les mêmes et il en déduira que tous ces fichiers ont été faits avec la même pose et qu’il n’y a pas lieu d’en faire un montage HDR. L’inconvénient est que ce menu ne fonctionnera pas pour une image plein format de 10 Mpx ou plus.

Ensuite, on rouvre tous ces fichiers dans un logiciel HDR et se débrouille pour avoir le résultat le plus sympathique possible. La figure suivante montre un exemple de réglages avec le menu Fichiers>Automatisation>Fusion HDR Pro de Photoshop CS-6, à partir de 8 «expositions» décalées de 1 EV :

Les points les plus importants sont

  • la forme de la courbe. Sur la partie gauche du pic de l’histogramme, on ne trouve que du bruit et la courbe démarre lentement. Sur la partie droite, il y a des informations signifiantes qu’il faut rendre visibles et la courbe monte très rapidement. Il faut ensuite ralentir la croissance pour éviter les surexpositions.
  • Le curseur Ton clair est à -100% pour lutter contre les surexpositions.

Ne reste plus que les travaux de finition de l’image, un petit débruitage et un ultime réglage de niveaux.

Les halos bleus entourant les étoiles les plus brillantes sont un artefact de la prise de vue. Ces étoiles ont été gravement surexposées et les pixels environnants ont été pollués ; ce phénomène est aggravé par le travail en haute sensibilité (ici, 1600 ISO).

7 – Pseudo-HDR avec des réglages par courbes

Si on ne dispose pas d’un logiciel HDR, on peut se débrouiller en accumulant les calques de correction par courbe dotés chacun d’un masque flou.

Le principe est le suivant. On part de la photo moyennée et on lui ajoute un calque de réglage par courbe comme indiqué ci-dessous (à part que la pente est excessive afin de mieux expliquer la suite des opérations). La figure montre l’état initial de l’image et ses histogrammes.

Cela surexpose le cœur de la nébuleuse, tout comme quand on additionnait deux poses dans la section 2. Pour éviter cela, on va remplir le masque du calque de réglage avec le négatif de l’image, via le processus suivant :

  • activer le calque de l’image de base passer dans la palette des couches et cliquer sur l’icone tout en bas à gauche. Cela crée la sélection des lumières de l’image affichée revenir dans la palette des calques et activer le masque du calque de réglage
  • faire CTRL+I, pour prendre le négatif de ce masque (tout blanc au départ) à travers cette sélection. Autrement dit, cela revient à mettre du noir à travers cette sélection, et donc à remplir ce masque avec le négatif de l’image.
  • Ouvrir un réglage de niveaux sur ce masque (CTRL+L). A cause du bruit de fond de l’image, l’histogramme ne va pas jusqu’au blanc et l’effet est de n’appliquer la correction qu’en partie ; déplacer le curseur des blancs comme indiqué pour couper ce bruit dans le masque.

La dernière étape va consister à flouter le masque de quelques pixels. On voit l’effet ci-dessous (avant le flou à gauche, après à droite). On constate que les étoiles se rallument et qu’on a davantage de modelé dans la nébuleuse.

On va ensuite recommencer avec un nouveau calque de réglage par courbe, mais auparavant, il faut surveiller les histogrammes afin de ne pas laisser monter un voilage de fond plus ou moins coloré. Par exemple, si on se retrouve avec les histogrammes ci-contre, il conviendrait de les recaler, surtout dans le bleu.

En pratique, il vaudra mieux opérer avec des corrections plus faibles, correspondant à des gains de 1 EV par calque (c.à.d. des courbes se terminant sur le point 186-255). Par exemple, avec 7 calques de correction de 1 EV (euh… et quelques opérations de finition) j’ai obtenu le résultat suivant :

Ne pas croire que cette technique fait disparaître les halos bleus autour des étoiles surexposées ! Dans cette image, le nettoyage résulte prosaïquement d’un nettoyage chirurgical. Après avoir constaté que ces halos sont pratiquement inexistant dans la couche verte, on prend la sélection correspondant à cette couche, on l’intervertit et on peint en noir à travers cette sélection tout autour de ces étoiles. Pas très scientifique, mais tellement plus joli !

8 – Alignement des poses

Il faut faire en sorte que les étoiles soient parfaitement superposées dans les différentes poses.

Le premier travail consiste à empiler ces poses dans autant de calques superposés dans une même image. Avec une version de Photoshop suffisamment récente, on peut soit opérer à partir de Bridge, en sélectionnant les différentes photos et en passant par le menu Outil>Photoshop>Chargement des fichiers dans les calques Photoshop, soit opérer directement à partir de Photoshop via le menu Fichiers>Script>Chargement des fichiers dans une pile. Avec un Photoshop plus ancien, il faudra faire l’empilage soi-même :

  • prendre la première pose comme image de référence
  • recopier chacune des autres poses par dessus : pour chacune d’entre elles (i) ouvrir l’image, (ii) tout sélectionner (iii) édition>copier, (iv) aller sur l’image référence et édition>coller.

Ensuite, on va recaler les images les unes par rapport aux autres. Ne pas compter sur le menu Edition>Alignement automatique des calques des versions récentes, ça ne marchera pas ; il faudra faire ça à l’ancienne. Le cas le plus simple est celui où on passe d’un calque à l’autre par une simple translation :

  • prendre une étoile de référence au milieu de la photo et zoomer à 100% ou 200% autour de cette étoile ;
  • mettre le calque du dessus en mode Éclaircir. Toutes les étoiles se dédoublent à cause du mouvement du ciel entre les deux poses.
  • Activer le calque juste en dessous et le déplacer (outil « Déplacer »), pixel par pixel avec les flèches du clavier jusqu’à ce que les images se superposent.
  • Rendre le calque invisible (clic sur son œil dans la palette des calques) et activer le calque juste en dessous. Les étoiles se dédoublent à nouveau.
  • Recommencer, jusqu’à ce qu’on arrive au calque tout en bas de la pile. Si celui-ci est un calque d’arrière-plan, il refusera de se déplacer : renommez-le pour le transformer en calque ordinaire, puis recalez-le.

On peut également mettre le calque supérieur en mode différence. L’alignement se traduira alors par une extinction de l’image.

Il arrivera qu’on souhaite diviser les pixels en deux. La solution consiste alors à doubler la taille en pixels de l’image avant de procéder à l’alignement des calques.

En général, il faudra aussi une rotation pour recaler les calques entre eux

La procédure précédente (simple translation) fonctionne bien pour des étoiles assez proches les unes des autres et du côté de l’équateur céleste. Par contre, on se doute bien que si on a braqué l’appareil sur l’étoile polaire, les étoiles sur tout le capteur ont suivi des cercles autour de la polaire ; l’alignement consiste alors à faire tourner les calques autour de la polaire. Dans les cas intermédiaires, il est évident qu’il faudra essayer de combiner rotation et translation.

A vrai dire, j’ai très peu d’expérience sur le sujet et ce qui suit demande confirmation. La technique consisterait dans les étapes suivantes

  • Tout d’abord, on choisit une étoile pivot et on fait les translations sur les différentes poses pour compenser le déplacement de cette étoile
  • On compare ensuite la première pose et la dernière et on fait tourner celle-ci autour du pivot pour avoir la meilleure superposition possible des deux images. Cela s’obtient via le menu Edition>Transformation manuelle, en faisant glisser le centre de rotation sur l’étoile pivot, puis en entrant l’angle de rotation au clavier dans la case ad hoc de la barre des options (faire tourner l’image à la souris n’est pas assez précis). On procédera par essais et erreurs pour trouver le bon angle et on notera soigneusement celui-ci.
  • Pour les poses intermédiaires, on devrait pouvoir prendre un angle de rotation proportionnel au temps écoulé depuis la première pose (informations à lire dans les EXIF)

Tout cela s’annonce bien fastidieux… Une vraie invitation à essayer DeepSkyStacker qui vous fera cela tout seul… si vous êtes sous Windows.

Et pourra-t-on toujours obtenir ainsi un recalage parfait ?

A la plus grande satisfaction des fabricants d’entrainements équatoriaux, la réponse générale est négative. Dès qu’on utilise une focale courte (50mm ou moins), il ne faut pas s’écarter de la polaire, ou bien utiliser une temps de pose total très court. La section suivante explique pourquoi.

9 – Jusqu’où peut-on se passer de monture équatoriale ?

Certaines images montrent que les étoiles sont parfois très loin de tourner sagement autour de l’étoile polaire et il est assez évident que ce qui se passe dans le plan du capteur pendant un temps long n’est pas un simple déplace­ment.

Les tableaux ci-après donnent les erreurs d’alignement en pixels après les étapes de translation et de rotation pour un capteur de 12 Mpx, après t secondes, pour diverses focales et et différentes inclinaisons i (en degrés) de l’axe du capteur par rapport à la polaire :

Plus précisément, les deux lignes dans chaque case de ces tableaux donnent les décalages le long de deux axes, Ox dans le plan parallèle à l’axe du capteur et à la direction de la polaire, et Oy perpendiculaire à Ox. La procédure d’alignement se compose de la translation nécessaire au recalage d’une étoile située au centre du capteur, puis d’une rotation pour ramener sur l’axe Ox une étoile initialement située en bord de champ dans cette direction. La première ligne donne les erreurs de recalage de cette étoile ; la seconde ligne donne les erreurs de recalage pour une autre étoile en bord champ dans la direction perpendiculaire.

Pour des temps d’une minute, on peut diviser par 2 les décalages de la première colonne. Si on estime que cette erreur d’alignement ne devrait pas dépasser 2 ou 3 pixels, on voit qu’on ne peut pas opérer très longtemps, surtout avec une focale courte, dès qu’on s’écarte de la direction de la polaire.

10 – Suppression des pixels tièdes

(rédaction provisoire)

Ces pixels tièdes sont des pixels anormalement brillants de l’image qui sont créés par des imperfections du capteur lors des poses longues (supérieures à la seconde). Ils sont automatiquement supprimés de l’image par l’appareil quand on a activé le menu «Réduction du bruit». Cependant, ce menu a l’inconvénient de doubler le temps de pose, alors qu’on a vu dans la section précédente qu’on n’avait pas tant de temps que ça pour accumuler les clichés en vue du moyennage ultérieur. Il peut donc être intéressant de désactiver ce menu et de procéder soi-même à la suppression de ces pixels.

Pour cela, on forme une image «noire» en couvrant l’objectif de son bouchon et en refaisant la même pose que pour les photos précédentes, le but étant d’obtenir les mêmes pixels tièdes. Ensuite, la première idée est de placer cette image par dessus l’image moyennée et d’en faire la différence afin de faire disparaître ces pixels anormaux.

Malheureusement, cette image «noire» ayant autant de bruit qu’une de nos poses, un effet collatéral fâcheux va être de réinjecter ce bruit dans l’image globale. Pour éviter cela, il va falloir réduire ce bruit de fond comme on l’a fait pour nos photos d’étoiles, en multipliant ces poses «noires» (il en faudrait même davantage que de photos d’étoiles) et en en prenant la moyenne.

Cette procédure remplace les pixels tièdes par des pixels noirs, moins visibles… sauf si ces pixels ont le mauvais goût d’être sur un objet clair. Une méthode plus élégante serait d’extraire un masque de l’image «noire» et de faire agir un filtre médiane à travers ce masque, afin de remplacer ces pixels tièdes par une moyenne des pixels avoisinants

11 – Suppression du fond du ciel

(rédaction provisoire)

Le fond du ciel est un cas particulier de voilage d’une image. S’il est uniforme, on peut le faire disparaître par un simple réglage de niveau, sinon, on peut utiliser la technique suivante
— mettre ce fond de ciel dans un nouveau calque au-dessus du calque image
— mettre ce nouveau calque en mode de fusion «différence»

Il faut évidemment extraire le fond de ciel de l’image à traiter. Pour cela, on commencera par en supprimer les étoiles, par un filtre médiane de quelques pixels de rayon. On fera ensuite un petit flou gaussien, et on veillera enfin à ne pas embarquer d’éventuelles nébulosités dans ce fond de ciel (s’il y en avait, il faudrait les supprimer au tampon)

Conclusion : retour sur la comète

En guise de conclusion, nous allons voir ce que j’ai pu faire de la comète PANSTARRS à la suite de notre sortie club. La comète était à peine visible à l’œil nu, juste au-dessus des brumes du couchant.Cliquez sur les liens en dessous de l’image pour suivre les grandes étapes du traitement. Les images (prises avec une focale équivalente de 150 mm) ont été un peu recadrées ; leur largeur correspond à un angle d’environ 10° dans le ciel.

1 — Image de départ, après moyennage de 30 poses de 0,5 sec à F/2.0 et 800 ISO sur un Olympus EM-5 avec une focale de 75mm (150 équivalents). Ces réglages ne sont peut-être pas le meilleur choix possible, mais hein ! je débute dans le métier. Le travail se fait en mode 16-bits.

Le flou dans le bas de l’image résulte du moyennage de l’horizon sur après l’alignement des différentes poses (en fait, il ne s’agit pas de l’horizon, mais d’une barre nuageuse).

2 — Extraction du fond de ciel : on copie l’image sur un nouveau calque et il faut y enlever les étoiles et la comète. Le filtre médiane avec quelques pixels de rayon supprime très facilement les étoiles. Par contre, l’effacement de ce qui reste de la comète est une opération extrêmement critique. On peut utiliser le tampon ou l’outil pièce. Il ne faut pas laisser de trace de la chevelure et il ne faut pas que ce qu’on aura rapporté par dessus se distingue du voisinage ; toute différence serait impitoyablement révélée par la suite du traitement.

Ici, avec une image de 4600 px de large, j’ai utilisé un filtre médiane de 5px de rayon, puis un flou gaussien de 60 px ; ce dernier n’est pas indispensable, mais il va accentuer la structure ténue des nuages juste sous la comète.

3 — Résultat après
(i) la mise du calque «fond de ciel» en mode différence (le ciel devient tout noir)
(ii) traitement en pseudo-HDR équivalent à une remontée d’environ 8EV pour les tons sombres (comme il va falloir s’y reprendre à plsieurs fois avant d’arriver à un résultat potable, on a tout intérêt à faire un script de ce traitement pseudo-HDR).

Ne pas s’inquiéter des horreurs tout en bas de l’image. Ce qui compte est la révélation de la chevelure de la comète et des étoiles. Aussi, hélas, la montée du bruit dans l’image, inévitable après l’augmentation sauvage du contraste (et encore, la réduction de taille pour passer sur cette page web diminue considérablement ce bruit)

4 — Débruitage.

A cause du niveau extrêmement élevé du bruit, il faut recourir à un plug-in spécialisé et très puissant ; je me suis servi du «Denoise 5» de Topaz Software (publicité non rétribuée, hélas…). Il n’est pas exclu que la montée du rouge dans le fond d’image ne soit pas due à un paramétrage incorrect, le logiciel n’étant manifestement pas à l’aise sur ce genre d’image en 16-bit.

J’aurais sans doute eu moins de souci avec le bruit si j’avais pris une centaine de poses au lieu de 30…

5 — La suppression totale du ciel étant assez tristounette (et fort peu plausible), on le remet partiellement par dessus l’image précédente.

Pour cela, on place une copie du calque «fond de ciel» en haut de la pile des autres calques, en mode superposition. On règle ensuite l’opacité globale de ce calque à son goût (c.à.d. le niveau de réinjection du ciel) et on la module avec un masque de fusion — ici, j’ai laissé revenir le haut de l’image vers le noir pour conserver les étoiles bien visibles.

6 — Double opération :

(i) Il reste encore du bruit ! On le fait disparaître avec un réglage de niveaux par dessous ce nouveau calque de ciel (ce bruit est le gros pic à gauche de l’histogramme ci-contre ; on l’escamote avec le curseur des noirs).

(ii) On reconstitue le bas de l’image au moyen d’un emprunt à l’une des poses individuelles. Rappelons que ce qu’on voit ici n’est pas l’horizon, mais une barre nuageuse.

7 — Retouches cosmétiques pour finir :

(i) désaturation du rouge dans la chevelure
(ii) estompage du nuage en bleu tout à droite (beaucoup plus gênant en vraie grandeur que sur cette page web)
(iii) légère accentuation des étoiles.
(iv) réflexion faite, un peu plus de ciel rouge en bas et un peu moins en haut
(v) Et puis, au point où on en est, greffe d’un premier plan plus photogénique (qui trainait juste à côté)

Revoyez «Etape 1» pour vous rappeler d’où nous sommes partis…