A propos de la montée des couleurs avec la montée du contraste

Par Charles VASSALLO

octobre 2010

Quand on veut donner de la vigueur à une image un peu sombre ou un peu terne, il est naturel de retoucher sa luminosité ou son contraste, mais on peut aboutir à une montée excessive des couleurs lorsqu’on ne prend pas de précaution et que la retouche est un peu forte. Le but de cet article est de présenter le problème autour d’un cas concret et de proposer plusieurs remèdes.

Donc, voilà l’histoire. J’étais parti à la rencontre de curiosités géologiques et j’ai rapporté l’image suivante (euh… si vous voulez tout savoir, il me semble qu’il s’agit de couches de dessiccation dans de l’argilite, mais je ne garantis rien) :

J’avais été attiré par la variété des couleurs, mais l’image obtenue était plutôt grisouille ; l’histogramme avec sa bosse plutôt étroite centrée au milieu confirme cette impression. Pas vendable !

On peut d’abord se demander s’il n’était pas possible à la prise de vue même d’obtenir une image plus agréable à l’oeil. La photo a été prise par un jour ensoleillé, mais à l’ombre. L’appareil a fait honnêtement son boulot en ramenant au gris moyen le champ grossièrement homogène qu’on lui demandait d’embrasser ; simplement, il n’y avait pas de zone notoirement plus claire ou plus sombre que cette luminosité moyenne et il en est résulté cet histogramme trop étroit. On peut penser que les ombres dans l’image ont été éclaircies par la lumière diffuse du ciel et qu’elles auraient été beaucoup plus profondes si on avait pris la scène sous un soleil direct ; l’histogramme aurait été fortement élargi vers les noirs, et du coup, son recentrage par l’appareil aurait créé les tons clairs qui manquent à cette image. Mais bon, il n’y avait pas de soleil ce jour là et puis, n’est-ce pas, quand on a une grande confiance dans les traitements numériques, on prend la photo quand même et on se dit que ce bon vieux Photoshop fera le reste après coup…

Premiers essais

Le premier réflexe est d’égaliser les niveaux comme indiqué dans la figure suivante. Comme attendu, l’image s’éclaircit, mais aussi, ses couleurs deviennent beaucoup plus vives :

On peut aller plus loin et obtenir des couleurs encore plus vives en augmentant un peu le contraste dans les tons moyens comme indiqué ci-après :

Discussion

Comment doit-on réagir devant cette montée des couleurs ?

On peut tout d’abord ne pas se poser de question, parce qu’on cherche simplement à fabriquer des images les plus attrayantes possibles. On part d’une photographie pour cela, mais on ne soucie pas de réalisme dans le traitement numérique qu’on lui fait subir et il est clair qu’on peut aller infiniment plus loin.

D’autres photographes cependant gardent en tête que la photographie est censée être un reflet de la réalité – surtout des photos à caractère documentaire – et ils se demandent s’ils doivent accepter ces couleurs. Il ne faut pas croire naïvement que ces couleurs étaient déjà cachées dans le document original et qu’elles n’attendaient qu’un bon traitement pour sortir au grand jour ; ne pas croire non plus, sous le prétexte qu’on n’a pas touché au réglage teinte/saturation, qu’on n’a pas triché. La vérité est que l’augmentation du contraste d’une image en mode RVB augmente à peu près automatiquement la saturation des couleurs.

Il n’est pas trop difficile d’en comprendre la raison en invoquant un modèle TSL (Teinte/Saturation/Luminosité) pour les couleurs. Il est entendu que ces modèles ne décrivent pas correctement la perception des couleurs, mais on peut tout de même leur accorder un intérêt qualitatif. Dans le plus satisfaisant des deux modèles différents utilisés dans Photoshop, la saturation des couleurs est tout simplement proportionnelle à la différence (max-min) de la plus grande et de la plus petite des 3 composantes RVB et elle est tout bonnement multipliée par la pente de la courbe de correction. En conséquence, elle augmente quand on augmente le contraste, CQFD.

Monter le contraste sans augmenter la saturation

Si on veut éviter cette montée de la saturation, en toute rigueur, il faudrait passer en mode LAB avant d’appliquer la correction du contraste. En pratique, on pourra se contenter d’une méthode approximative, en restant en mode RVB et en appliquant la correction en mode luminosité (soit en utilisant un calque de réglage avec le mode de fusion « luminosité », soit en faisant une correction directe et et en choisissant ce mode tout de suite après dans le menu Edition > Atténuer). Les figures suivantes montrent qu’on obtient ainsi des couleurs très voisines :

Traitement sous Camera Raw

On rencontrera le même problème en traitant l’image RAW sous Camera Raw parce que les réglages d’exposition et de luminosité ou bien le réglage par courbe agissent sur les composantes RVB de l’image. A nouveau, une correction trop forte fera monter les couleurs de manière excessive et il faudra obligatoirement compenser au moyen du curseur saturation. Simplement, on n’aura pas de position préétablie des curseurs garantissant la neutralité vis à vis de cette saturation et on devra agir au jugé. Si la précision du résultat a vraiment de l’importance, on pourra toujours sortir immédiatement de Camera Raw et faire les corrections dans Photoshop avec l’une des deux méthodes citées plus haut. Dans Camera Raw, on pourra aussi agir sur la curseur Contraste.